Cardinal Schuster

Le cardinal Schuster sur saint Libère

Dans le tome 8 de son Liber Sacramentorum, le cardinal Schuster a placé la fête de saint Libère à la date du 23 septembre (pp. 300-305). Voici la notice dans son intégralité :

Saint Libère, pape.

Aujourd'hui le Martyrologe Hiéronymien annonce le natale du pape Libère (352-366) Romae, depositio sancti Liberi episcopi. — A vrai dire, le jour mortuaire serait le 24 septembre 366. — Malheureusement, la légende s'est vite emparée de la figure de Libère ; on en fit une sorte de renégat, adhérent au parti arien et, dès lors, persécuteur de Félix II. Il s'ensuivit que le culte primitif donné tout de suite après sa mort à ce Pontife si éprouvé, et qui, jusqu'à présent, est commun à toutes les Églises orientales, disparut de Rome peu à peu. Aujourd'hui encore Libère est compté, ou peu s'en faut, parmi les lapsi, victime de la perfidie de l'empereur Constance. Il ne nous appartient pas d'entrer dans la question si agitée du pape Libère, relativement aux raisons qui poussèrent Constance à faire grâce au Pontife exilé. Il suffit d'indiquer ici les documents qui démontrent le culte liturgique et universel dans toute l'Église, rendu jadis à Libère ; et aussi, en particulier, le renom de sainteté dont il jouit à Rome dans les temps les plus rapprochés de sa mort. Et même, au moyen âge, il semble que dans certains calendriers romains on fêtait sa mémoire le 17 mai et le 23 septembre.

Le calendrier byzantin, le 27 août, célèbre la mémoire [texte grec supprimé] — Donc, notre Père, confesseur de la Foi et Pape de Rome.
Les Coptes le fêtent le 9 octobre : Le repos de saint Libère, évêque de Rome et défenseur de la Foi. De nouveau se présente sa mémoire le IVe jour de leur petit mois supplémentaire : Commémoration de Libère, évêque de Rome.

Quand Libère fut exilé pour la foi de Nicée, et qu'à sa place fut installé à Rome Félix II, il y eut dans la Ville un schisme parmi le peuple, des tumultes, des massacres ; l'écho des protestations d'attachement au Pape légitime, de la part de la plus grande partie des fidèles, nous est conservé par quelques inscriptions où l'on nomme à dessein Libère, comme pour exprimer l'adhésion à son parti.

(de)FVNCTA • EST • EVPLIA • QVAE
VS • MAIAS • QVAE • FVIT • ANNORV
QVE • DEPOSITA • EST • IN • PACE • SVB • LIBE(rio episcopo)

*
**
RA
A . CVMPAVIT
ONVS • SEBIBO
(sedent)E • PAPA • LIBERIO


Mais le document le plus important, et le plus démonstratif de la vénération dont le pape Libère était anciennement l'objet dans le cimetière de Priscille, est son inscription sépulcrale elle-même, transcrite, par bonheur, dans les anciens recueils épigraphiques.

[Texte latin supprimé]
Combien dévoués à Dieu durent être les parents
Qui ont engendré un si vaillant confesseur,
Pontife saint, colombe sans fiel,
Maître de la Loi divine, au cœur loyal !
Cette Église vous accueillit en mère à votre naissance.
Des mamelles de la foi elle allaita tendrement le bienheureux
Qui devait généreusement souffrir pour elle tous les maux.
Dès qu'enfant vous commenciez à balbutier doucement,
Votre piété fit de vous un lecteur des Écritures ;
Votre langue proférait ainsi la Loi plutôt que les paroles.
Le Seigneur aima votre enfance et sa simplicité,
Que n'altérait ni détour ni souillure ;
En votre office de lecteur, même rectitude et fidélité ;
Même simplicité de cœur en votre adolescence,
Votre maturité modéra les ardeurs de l'âge.
Retiré, prudent, doux, grave, intègre et juste,
Tel vous avez vécu lecteur : c'était votre âge d'or.
Jeune encore, vous deveniez diacre, récompense de votre foi :
Dans la vérité, la chasteté, l'intégrité, la pureté
Vous avez servi Dieu sans faute, l'âme limpide.
Ainsi quelques années vous avez été lévite austère,
Vivant une vie si juste et si sainte,
Qu'on vous a jugé sans reproche et digne d'être à jamais
Sur cette chaire du Christ à la splendeur sereine,
— Élu pour la plénitude de votre foi Pontife souverain —
Assis comme Pape, l'âme sans tache comme la neige,
Pour enseigner saintement la doctrine apostolique,
Pour être au peuple fidèle le maître de la loi divine.
A votre parole qui ne pleurait ses péchés ?
Au concile vous l'avez emporté sur tous les méchants.
Sur les sacrilèges, et fait triompher la pure foi de Nicée,
Qu'ils étaient nombreux, ceux contre lesquels vous luttiez seul !
Armé de la foi catholique vous les avez tous vaincus.
Vous jetiez, en luttant, ce cri de vérité, de salut :
Je ne crains pas ceci, je n'accorderai pas cela.
Telle fut, telle demeura constamment la fermeté de votre âme.
Vous fûtes alors, ô Pontife, saisi, entraîné, exilé ;
Bien plus, pour jeter quelque ombre sur votre visage,
On vous porta traîtreusement une contrefaçon de symbole
Qui voulait obscurcir l'image resplendissante du Seigneur :
En cette douloureuse angoisse plus d'un an se passa.
Finalement de l'exil, comme un martyr, vous montez au ciel :
Parmi les patriarches et les prophètes de l'avenir,
Dans la foule des apôtres et des martyrs puissants,
Digne de ceux qui vous entourent, vous louez et adorez
En paix le doux visage du Seigneur, juste Pontife.
Aussi est-ce à bon droit que vous avez reçu le pouvoir
D'imposer les mains aux malades, hôte du Christ,
De chasser les démons, de purifier et guérir les possédés,
De rendre aux hommes la santé et la vigueur de l'âme
Au nom du Père et du Fils, auquel nous croyons tous.
Et nous, témoins de votre mort si glorieuse,
Tous nous avons l'espoir d'obtenir la vraie béatitude
En imitant vos mérites et votre foi.

Dans l'inscription funéraire du page Sirice, on le loue d'avoir suivi dans son exil le pape Libère, d'abord comme simple lecteur, puis comme diacre :

LIBERIVM • LECTOR • MOX • ET • LEVITA • SECVTVS


En somme, bien que les propos tenus sur la faiblesse momentanée de Libère exilé aient trouvé un grand crédit même chez quelques Pères :

Insuper, ut faciem quodam nigrore foedaret,


Rome catholique rejeta cependant cette calomnie sur les persécuteurs de la foi nicéenne eux-mêmes, et sur ceux de l'intrépide Pontife. Le Pape ne se laissa pas tromper par les falsa aemula caeli, mais supporta longtemps un discrimen vehemens, toujours constant dans la profession du symbole orthodoxe qui, à Milan, lui avait déjà valu de la part de Constance la sentence de l'exil.

Après sa mort, Libère fut salué du titre de confesseur et de martyr ; sa tombe, dans le cimetière de Priscille, devint célèbre par les miracles qui s'y opéraient ; bien plus, parmi les rares images des Pontifes du premier âge, nous trouvons, dans une peinture de la seconde moitié du IVe siècle, au cimetière de Prétextat, celle du pape Libère avec les deux Princes des Apôtres eux-mêmes et le célèbre martyr de la voie Appienne, Sixte II.

Au résumé, quand, au sujet du pape Libère, saint Ambroise écrivait à sa soeur Marcelline : Tempus est, soror sancta, ea quae mecum conferre soles, beatae memoriae Liberii praecepta revolvere, ut quo vir sanctior, eo sermo accedat gratior (1) , il reflétait la tradition primitive de l'Église romaine, tradition qui, ayant disparu par la suite dans la Ville éternelle, nous a été néanmoins conservée intacte par les plus anciennes Églises d'Orient.

Le pontificat de Libère à Rome est immortalisé par la basilique auquel son nom est attaché sur l'Esquilin. Nous rapportons ici, en l'honneur du grand défenseur de la foi de Nicée, le verset suivant, qui appartient aux Ménées des Grecs :
[texte grec supprimé]

Libère (qui, partant pour l'exil de Bérée, avait renvoyé à l'empereur les cinquante sous que celui-ci lui avait offerts pour le voyage) peut maintenant puiser largement au trésor qu'il a sagement amassé pour le ciel.

1. De virgin., c. iv.

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