Le cardinal Schuster sur saint Libère
Saint
Libère, pape.
Aujourd'hui le
Martyrologe Hiéronymien annonce le natale
du pape Libère (352-366) Romae, depositio
sancti Liberi episcopi. — A vrai dire, le jour
mortuaire serait le 24 septembre 366. —
Malheureusement, la légende s'est vite emparée de
la figure de Libère ; on en fit une sorte de
renégat, adhérent au parti arien et, dès lors,
persécuteur de Félix II. Il s'ensuivit que le culte
primitif donné tout de suite après sa mort à ce
Pontife si éprouvé, et qui, jusqu'à présent, est
commun à toutes les Églises orientales, disparut de
Rome peu à peu. Aujourd'hui encore Libère est
compté, ou peu s'en faut, parmi les lapsi,
victime de la perfidie de l'empereur Constance. Il
ne nous appartient pas d'entrer dans la question si
agitée du pape Libère, relativement aux raisons qui
poussèrent Constance à faire grâce au Pontife
exilé. Il suffit d'indiquer ici les documents qui
démontrent le culte liturgique et universel dans
toute l'Église, rendu jadis à Libère ; et
aussi, en particulier, le renom de sainteté dont il
jouit à Rome dans les temps les plus rapprochés de
sa mort. Et même, au moyen âge, il semble que dans
certains calendriers romains on fêtait sa mémoire
le 17 mai et le 23 septembre.
Le calendrier byzantin, le 27 août, célèbre la
mémoire [texte grec supprimé] — Donc, notre Père,
confesseur de la Foi et Pape de Rome.
Les Coptes le fêtent le 9 octobre : Le
repos de saint Libère, évêque de Rome et défenseur
de la Foi. De nouveau se présente sa mémoire
le IVe jour de leur petit mois
supplémentaire : Commémoration de Libère,
évêque de Rome.
Quand Libère fut exilé pour la foi de Nicée, et
qu'à sa place fut installé à Rome Félix II, il y
eut dans la Ville un schisme parmi le peuple, des
tumultes, des massacres ; l'écho des
protestations d'attachement au Pape légitime, de la
part de la plus grande partie des fidèles, nous est
conservé par quelques inscriptions où l'on nomme à
dessein Libère, comme pour exprimer l'adhésion à
son parti.
(de)FVNCTA • EST • EVPLIA • QVAE
VS • MAIAS • QVAE • FVIT • ANNORV
QVE • DEPOSITA • EST • IN • PACE • SVB • LIBE(rio
episcopo)
*
**
RA
A . CVMPAVIT
ONVS • SEBIBO
(sedent)E • PAPA • LIBERIO
Mais le document le plus important, et le plus
démonstratif de la vénération dont le pape Libère
était anciennement l'objet dans le cimetière de
Priscille, est son inscription sépulcrale
elle-même, transcrite, par bonheur, dans les
anciens recueils épigraphiques.
[Texte latin supprimé]
Combien dévoués à Dieu durent être les parents
Qui ont engendré un si vaillant confesseur,
Pontife saint, colombe sans fiel,
Maître de la Loi divine, au cœur loyal !
Cette Église vous accueillit en mère à votre
naissance.
Des mamelles de la foi elle allaita tendrement le
bienheureux
Qui devait généreusement souffrir pour elle tous
les maux.
Dès qu'enfant vous commenciez à balbutier
doucement,
Votre piété fit de vous un lecteur des
Écritures ;
Votre langue proférait ainsi la Loi plutôt que les
paroles.
Le Seigneur aima votre enfance et sa simplicité,
Que n'altérait ni détour ni souillure ;
En votre office de lecteur, même rectitude et
fidélité ;
Même simplicité de cœur en votre adolescence,
Votre maturité modéra les ardeurs de l'âge.
Retiré, prudent, doux, grave, intègre et juste,
Tel vous avez vécu lecteur : c'était votre âge
d'or.
Jeune encore, vous deveniez diacre, récompense de
votre foi :
Dans la vérité, la chasteté, l'intégrité, la pureté
Vous avez servi Dieu sans faute, l'âme limpide.
Ainsi quelques années vous avez été lévite austère,
Vivant une vie si juste et si sainte,
Qu'on vous a jugé sans reproche et digne d'être à
jamais
Sur cette chaire du Christ à la splendeur sereine,
— Élu pour la plénitude de votre foi Pontife
souverain —
Assis comme Pape, l'âme sans tache comme la neige,
Pour enseigner saintement la doctrine apostolique,
Pour être au peuple fidèle le maître de la loi
divine.
A votre parole qui ne pleurait ses péchés ?
Au concile vous l'avez emporté sur tous les
méchants.
Sur les sacrilèges, et fait triompher la pure foi
de Nicée,
Qu'ils étaient nombreux, ceux contre lesquels vous
luttiez seul !
Armé de la foi catholique vous les avez tous
vaincus.
Vous jetiez, en luttant, ce cri de vérité, de
salut :
Je ne crains pas ceci, je n'accorderai pas cela.
Telle fut, telle demeura constamment la fermeté de
votre âme.
Vous fûtes alors, ô Pontife, saisi, entraîné,
exilé ;
Bien plus, pour jeter quelque ombre sur votre
visage,
On vous porta traîtreusement une contrefaçon de
symbole
Qui voulait obscurcir l'image resplendissante du
Seigneur :
En cette douloureuse angoisse plus d'un an se
passa.
Finalement de l'exil, comme un martyr, vous montez
au ciel :
Parmi les patriarches et les prophètes de l'avenir,
Dans la foule des apôtres et des martyrs puissants,
Digne de ceux qui vous entourent, vous louez et
adorez
En paix le doux visage du Seigneur, juste Pontife.
Aussi est-ce à bon droit que vous avez reçu le
pouvoir
D'imposer les mains aux malades, hôte du Christ,
De chasser les démons, de purifier et guérir les
possédés,
De rendre aux hommes la santé et la vigueur de
l'âme
Au nom du Père et du Fils, auquel nous croyons
tous.
Et nous, témoins de votre mort si glorieuse,
Tous nous avons l'espoir d'obtenir la vraie
béatitude
En imitant vos mérites et votre foi.
Dans l'inscription funéraire du page Sirice, on le
loue d'avoir suivi dans son exil le pape Libère,
d'abord comme simple lecteur, puis comme
diacre :
LIBERIVM • LECTOR •
MOX • ET • LEVITA • SECVTVS
En somme, bien que les propos tenus sur la
faiblesse momentanée de Libère exilé aient trouvé
un grand crédit même chez quelques Pères :
Insuper, ut
faciem quodam nigrore foedaret,
Rome
catholique rejeta cependant cette calomnie sur les
persécuteurs de la foi nicéenne eux-mêmes, et sur
ceux de l'intrépide Pontife. Le Pape ne se laissa
pas tromper par les falsa aemula caeli,
mais supporta longtemps un discrimen
vehemens, toujours constant dans la profession
du symbole orthodoxe qui, à Milan, lui avait déjà
valu de la part de Constance la sentence de l'exil.
Après sa mort, Libère fut salué du titre de
confesseur et de martyr ; sa tombe, dans le
cimetière de Priscille, devint célèbre par les
miracles qui s'y opéraient ; bien plus, parmi
les rares images des Pontifes du premier âge, nous
trouvons, dans une peinture de la seconde moitié du
IVe siècle, au cimetière de Prétextat, celle du
pape Libère avec les deux Princes des Apôtres
eux-mêmes et le célèbre martyr de la voie Appienne,
Sixte II.
Au résumé, quand, au sujet du pape Libère, saint
Ambroise écrivait à sa soeur Marcelline :
Tempus est, soror sancta, ea quae mecum
conferre soles, beatae memoriae Liberii praecepta
revolvere, ut quo vir sanctior, eo sermo accedat
gratior (1) , il reflétait la tradition
primitive de l'Église romaine, tradition qui, ayant
disparu par la suite dans la Ville éternelle, nous
a été néanmoins conservée intacte par les plus
anciennes Églises d'Orient.
Le pontificat de Libère à Rome est immortalisé par
la basilique auquel son nom est attaché sur
l'Esquilin. Nous rapportons ici, en l'honneur du
grand défenseur de la foi de Nicée, le verset
suivant, qui appartient aux Ménées des Grecs :
[texte grec supprimé]
Libère (qui, partant pour l'exil de Bérée, avait
renvoyé à l'empereur les cinquante sous que
celui-ci lui avait offerts pour le voyage) peut
maintenant puiser largement au trésor qu'il a
sagement amassé pour le ciel.
1. De virgin., c. iv.