Bibliographie catholique

La Bibliographie catholique, dont nous avons commencé à publier des extraits, était une revue critique des ouvrages de religion, de philosophie, d’histoire, etc. Elle comporte 80 volumes, couvrant les années 1841 à 1889. Son fondateur et premier directeur était l’abbé Charles-Guillaume Bérault des Billiers, vicaire à Saint-Thomas d’Aquin (Paris), chanoine honoraire de Langres, puis vicaire général d’Arras, protonotaire apostolique. L’abbé Clément a publié une petite Notice sur Mgr Bérault des Billiers (Bourges, 1873), que nous n’avons pas. Si un de nos lecteurs possède cette notice, nous serions très intéressés à en prendre connaissance.

La position religieuse de la revue a été présentée dans le tome 5 :

« Nous ne sommes ni ultramontains ni gallicans, 1° parce que, entre les uns et les autres, il ne s'agit, pour le fond, que d'opinions, abandonnées jusqu'à présent à la libre dispute des écoles, et si, conformément à l'axiome reçu de tous : in dubiis libertas, on est libre de professer l'une ou l'autre, on est également libre de n'en professer expressément aucune ; 2° parce que nous voyons de part et d'autre des hommes éminents par leur savoir, par leur piété profonde et par leurs vertus, que nous nous garderions bien de condamner pour des opinions lorsque l'Église ne les condamne pas ; 3° parce que, dans les deux camps, il y a des personnes qui exagèrent l'une ou l'autre opinion et que nous sommes surtout ennemis des exagérations, toujours préjudiciables aux meilleures causes, aussi peut-on se convaincre, en relisant nos articles sans passion, que nous avons condamné les écarts de quelques gallicans, comme ceux de certains ultramontains ; 4° parce que nous croyons ces controverses souvent oiseuses et surtout très-inopportunes. Nous sommes catholiques romains, attachés par le fond de nos entrailles à l'Église universelle et à la chaire de Pierre en particulier, que nous défendrons toujours envers et contre tous ; mais nous n'avons pas, comme quelques-uns, la prétention d'être plus ultramontains que le chef même de l'Église ; ceux qui nous connaissent comme chrétiens et comme prêtres rendront hommage à la pureté de notre foi, à l'ardeur de notre dévouement prouvé par nos actes ; nous n'accordons à qui que ce soit le mérite d'en avoir davantage, moins encore le droit de mettre en doute la sincérité et l'orthodoxie de nos doctrines. »

L’intérêt de la revue est qu’elle couvre des années cruciales du combat catholique, incluant la restauration de la liturgie romaine, la lutte contre le monopole de l’enseignement, la querelle des classiques, la guerre contre les États pontificaux, le Concile du Vatican, etc.

Toutes les critiques ne sont pas nécessairement bonnes, mais avec l’avantage que nous avons de vivre 100 à 150 ans après les faits, il est plus facile de juger sereinement des hommes et des opinions.

Google a numérisé entièrement plusieurs volumes de la Bibliographie, disponibles en PDF : http://books.google.com/books?q=editions:0q_YKEcm921SsC&id=xYQEmQdNT7kC&hl=fr

Traité de l'espérance chrétienne

Nous avons mis en ligne une édition corrigée du Traité de l’espérance chrétienne de Gilles Vaugé, prêtre de l’Oratoire. Voici la recension de ce livre dans la Bibliographie catholique en 1846 :

Ce livre n'est point nouveau, quoique son titre ne l'indique pas ; son auteur est mort il y a plus d'un siècle, et il avait eu une nouvelle édition en 1777. Son mérite lui a valu aussi une traduction en italien par Louis Riccoboni. L'auteur montre les maux que cause aux âmes le défaut de confiance en Dieu, il fait voir les rapports qui existent entre la foi et l'espérance, il développe les fondements et les motifs de l'espérance chrétienne, il montre combien elle est agréable à Dieu, utile à celui qui la possède, comment on doit la conserver au milieu de ses fautes, au milieu même des plus grands périls. La profondeur, la clarté, l'onction avec lesquelles les matières sont traitées font de ce livre un des meilleurs pour les personnes pieuses souvent tentées de défiance ; il ne sera pas moins profitable aux pécheurs à qui la confiance est aussi nécessaire pour revenir à Dieu.

Une mise au point a paru plus tard dans la même revue :

Nous lisons l'article suivant de quelques lignes dans la septième livraison d'une Revue nouvelle intitulée la Voix de l'Église, page 232.
Traité de l'espérance chrétienne, par G.Vaugé. - Ce livre, qui vient d'être réimprimé, est loué par la Bibliographie catholique et le Bulletin de censure, comme un ouvrage profond, clair, solide, plein d'onction, etc. Nous qui l'avons lu avec attention, nous le trouvons, au contraire, sec, peu solide et manquant d'exactitude. L'auteur, prêtre de l'Oratoire, était affilié au parti janséniste. En voici une preuve : « Quelque éclairé que soit l'esprit sur tous les devoirs de la justice chrétienne, il ne les accomplira jamais, si la volonté n'est fortifiée par une grâce puissante et efficace, qui n'est due à personne et qui n'est point donnée à tous (p 59). » — Si les rédacteurs de la Voix de l'Église ont eu l'intention de nous donner un avertissement charitable, nous les en remercions ; si, au contraire, ils ont voulu faire une critique maligne, nous l'acceptons également ; car nous ne sommes pas de ceux qui refusent d'avouer une erreur et de la réparer. Nous nous sommes toujours bien trouvés de notre droiture pour vouloir nous en départir. Nous savions, avant que ces messieurs nous l'eussent appris, que le Père Vaugé avait été secrètement affilié au parti janséniste, mais qu'il s'était appliqué à le dissimuler.
Nous avouons que la phrase citée plus haut se trouve, en effet, dans le livre en question, et qu'elle nous avait échappé. On pourrait même relever un ou deux mots dans le reste de l'ouvrage ; mais il ne s'ensuit pas que, en dehors de ces taches, il manque d'ailleurs de mérite. En tout cas, nous n'avons pas été les seuls à nous tromper ; car la nouvelle édition porte en tête une approbation de Mgr l'évêque de Nancy, datée du 17 juillet 1846, et ainsi conçue :
« Vu le rapport à nous adressé, par la commission épiscopale pour la propagation des bons livres, sur un ouvrage intitulé TRAITÉ DE L'ESPÉRANCE CHRÉTIENNE, par Gilles Vaugé, prêtre de l'Oratoire, nous avons jugé que la réimpression de cet ouvrage serait utile aux fidèles, et nous lui donnons notre approbation. » — Nous devions cette explication à nous-mêmes, et à nos lecteurs qui en feront leur profit.

Nous pensons comme le rédacteur de la Bibliographie catholique ; le Traité de l’espérance chrétienne est un livre propre à réveiller la confiance en Dieu, surtout en ces temps troublés où l’impiété semble triompher sur tous les fronts.